Il s'allongea comme un souffle sur le premier rempart qu'il rencontra, en haut sur l'un de ses rêves, parmi de nombreuses femmes nues qui lâchaient des râles de plaisirs.
C'était l'ambiance propice à ses rêves, l'ambiance unique et nécessaire à la création de ses oeuvres.
Allongé sur cet obscur pan de muraille, ancienne carapace d'une ville utopique déjà ensevelie dans la mémoire des hommes, il attrapa un large pinceau et redessina la terre.
Il lui effaça ses traits bleutés et illusoires, ses nombreuses montagnes, grands-mères endormies et bosselées, il effaça encore ces milliers de points lumineux qui s'agitaient - ces villes -
Il effaça tout jusqu'aux immenses plaines vertes.
Face à lui, un immense vide, une vierge dénudée au regard suppliant, le coeur tenant lieu de pubis, rouge de vie et de mort.
- laisse-moi encore un peu de temps.
- Il n'est jamais trop tôt pour mourir.
- j'ai fait ce que j'ai pu, mais personne ne m'a écouté.
- tu n'as pas daigné ouvrir la bouche et jouit encore de cette destruction sans nom.
- Comment peux-tu m'accuser de ma propre destruction ? Je suis l'unique victime de ce carnage.
- Tu les as regardé un à un tomber, tes bourreaux naïfs.
Face à elle, il mit fin à leur échange, lui dessinant une immense cicatrice suintant un pus rougeâtre, mettant fin à sa longue plainte.
Alors il se retourna vers l'univers, contemplant les explosions qui apaisaient son regard agité. Douloureux. Ne pas se retourner vers cette immondice de luxure. La terre. Une prostituée sans nom.
Emu et tendu de frustration, il cracha un sperme jaunâtre à Vénus. Seul face à l'Infini, il aurait aimé mourir mille fois entre les cuisses luisantes de cette femme, celle-là même qui au loin dans ces souvenirs brumeux, lui tendait encore un bout de rêve vaporeux : son âme.
Il cracha encore, à moitié étouffé par ses remords qui sortaient, suintaient maintenant de tous les pores de sa peau. Son regard presque aveugle s'échoua sur la terre à jamais défigurée, espèce de bout d'argile cousu à grands points, la chair encore à vif par l'ignoble blessure.
Telle une victime implorante, il cherchait de l'air ; Sa muraille s'écroula et il tombe maintenant sous les cendres de sa tristesse. Enfant innocent, il aurait préféré avoir les yeux crevés plutôt que d'accepter le massacre ;
Quel massacre ?
Le massacre, le massacre, celui qu'on opère quand on accepte la pelle dans la main gauche et face à soi, un immense jardin à creuser. Un jardin pour enterrer le monde, sans jamais réussir à s'étouffer soi, à se tuer soi.
Accompagner l'humanité entière dans son tombeau et rester là, les voir s'étouffer avec de la glaise dans bouche, fertilité ô combien stérile, et rester là. Da sein.
Et l'angoisse.